EPIK HOTEL

Don Karlos

D'après Friedrich Schiller. Création le 14 mars 2017 au TAPS Scala - Strasbourg. Tournée à La Commune - CDN d'Aubervilliers et au Théâtre de Cornouailles - scène nationale de Quimper

Distribution

Traduction Sylvain Fort (L’Arche Editeur)
Adaptation Catherine Umbdenstock et Katia Flouest-Sell
Mise en scène Catherine Umbdenstock
Dramaturgie Katia Flouest-Sell
Scénographie Elisabeth Weiß
Costumes, maquillage et coiffure Claire Schirck
Lumières Manon Lauriol
Création musicale Eve Risser
Régie Pierre Mallaisé
Constructions Raphaël Mittet
Diffusion Valérie Teboulle
Administration Charlotte Vallé

Avec Nathalie Bourg, Domingo, le prêtre
Christophe Brault, Philippe II, Roi d’Espagne
Chloé Catrin, Marquis de Posa, chevalier
Clément Clavel, Duc d’Alba, chef des armées
Charlotte Krenz, Princesse d’Eboli
Lucas Partensky, Don Karlos, prince héritier
Claire Rappin, Elisabeth de Valois, Reine d’Espagne
Adrien Serre, Mondécar, le Page et le Grand Inquisiteur

Production

production epik hotel
co-production La Commune – CDN d’Aubervilliers & les TAPS Strasbourg avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

Avec le soutien de

avec le soutien de la Région Grand Est, de la DRAC Grand Est, de la Ville de Strasbourg, de la Spedidam et du Conseil Départemental du Bas-Rhin

Résidences

du 27 fev. au 13 mars 2017 au TAPS-Scala de Strasbourg
du 16 Août au 17 Septembre 2016 à La Commune – CDN d’Aubervilliers

Crédits photos

Marion Chérot & Hannah Rebiffé

KARLOS, AUJOURD’HUI
Suite à la création de Don Juan d’après Molière et celle de L’Avare: un portrait de famille en ce début de 3ème millénaire de PeterLicht, nous continuons notre travail autour des textes de répertoire proposant un point de vue pertinent sur le conflit de génération et sur la capacité des êtres à agir. Alors que jusqu’ici le constat semblait se faire à l’encontre de la jeune génération, embourbée dans son être-là de consommateur, l’histoire de Don Karlos réveille les consciences et oblige à prendre position. Mais comment être sûr d’agir pour le Bien ?

Le «Hamlet allemand»
Cette pièce majeure de Schiller, incontournable dans le répertoire allemand, est un vrai thriller aux accents shakespeariens. Père et fils s’affrontent, sur le terrain du pouvoir comme sur celui de l’amour. Les sentiments filiaux entrent en contradiction avec la raison du pouvoir. Le roi ne voit pas le prince comme digne héritier de sa couronne: trop faible, trop tourmenté pour cela… Cette brèche ouvre la porte aux opportunistes de tout bord: qui sera le prochain sur le trône ?

Le meilleur ami de Don Karlos, qui entre en scène tel un Deus ex machina, semble être l’heureux élu: c’est le « vertueux » Marquis de Posa. Ce personnage reste très mystérieux sous la plume de Schiller. Il a accès à toutes les portes du palais, même celle très gardée de la Reine Elisabeth. Étrangère dans sa propre cour, celle-ci croule sous l’étiquette.

Big Brother
Dans ce microcosme qu’est la cour d’Espagne sous le joug de l’Inquisition, la situation est à son paroxysme et laisse place aux conspirations les plus folles, comme aux rêves les plus absolus. La place sur le trône est bientôt vacante, la révolution grandit en Flandres, et «menace» de contaminer tout le royaume. Toutes les forces se mettent alors en jeu : le dogme religieux qui n’attend qu’un faux pas pour attaquer, les gradés de l’armée qui ne cherchent qu’à étendre leur conquête. On le sait: le plus informé sera le plus fort. Le palais se révèle être alors une immense salle d’interrogatoire, dans laquelle les protagonistes, à leur insu, sont « mis sur écoute ». Les attentats politiques seront certes déjoués, mais les mystères de l’amour, eux, resteront comme une question en suspens. L’amour est indispensable au changement.

Elisabeth, Eboli & les autres ?
Les personnages féminins ont toujours occupé une place centrale dans les intrigues schillériennes. Bien sur, les femmes déchaînent les passions et elles ont à dealer avec l’éternelle opposition entre le devoir et l’inclination. Mais, mis à part la Reine, elles sont ici absentes des hautes sphères de décision. Il en était ainsi au 18ème siècle. Aujourd’hui, il nous parait impossible de distribuer les rôles fidèlement à la pièce originale. Pour autant, les tensions se cristalliseront autour d’un débat d’idées et non d’un débat de genre.

La musique-action
Schiller écrit son «poème dramatique» en vers blanc, puisant au plus profond des pensées de chaque personnage. Cette arythmie, mieux qu’un appel à la rhétorique, est synonyme d’action. Une langue qui pousse à agir, à prendre une décision. Pour soutenir ces situations hautement dramatiques, accompagner ces personnages épiques haut en couleur, la dimension poétique s’exprimera au travers d’une musique composée pour le projet. Ce monde musical sera comme l’illustration de cette Flandres, cet ailleurs, mu par une révolte populaire.

ÉCRITURE DE L’ŒUVRE
Don Karlos est la 4ème pièce du dramaturge allemand Friedrich Schiller, connu en France comme l’auteur des Brigands et de Cabale et Amour.

Contexte politique
C’est entre 1783 et 1787, après de longues recherches, que Schiller entreprend l’écriture de Don Karlos, tragédie versifiée qu’il qualifie de poème dramatique. Il s’appuie sur les événements historiques de la guerre de Quatre-vingts ans (1568-1648). À l’époque, les provinces néerlandaises, d’abord privées de certaines de leurs libertés économiques, puis faisant face à la répression sanglante du protestantisme naissant, engagent une lutte contre la couronne d’Espagne pour obtenir leur indépendance. Schiller, en visionnaire de son temps, choisit comme toile de fond à son drame Don Karlos un épisode de l’histoire européenne qui fera incontestablement écho, quelques mois plus tard, aux évènements de 1789. En effet, cette guerre qui remettait en question l’autorité divine des souverains, est perçue comme un signe avant-coureur des révolutions anglaise et française mais aussi des Lumières.

Intrigue
Schiller place au cœur de sa pièce, un véritable conflit de génération entre le roi Philippe et son fils Don Karlos, mais aussi entre les tenants de l’absolutisme et les premiers aspirants à la liberté. En ces temps d’instabilité politique et religieuse, le roi est en proie aux doutes. Considérant que son fils manque de qualités requises, il l’écarte du pouvoir et, qui plus est, lui ravit sa fiancée – Elisabeth de Valois – qu’il épouse à sa place. Pendant que Karlos, confronté à ce double refus, s’étiole dans le chagrin, Domingo et le comte d’Alba, deux carriéristes – l’un religieux, l’autre militaire – se préparent à s’emparer du pouvoir. C’est dans cette situation sans issue que le marquis de Posa, ancien ami de Karlos devenu un esprit libre après avoir longtemps servi la couronne, revient au pays. Il a vu les horreurs de la guerre et prône la tolérance. Il apparaît comme une providence bienveillante : pour le fils d’abord, en plein désespoir amoureux puis pour le père, en pleine crise de confiance politique et même pour Elisabeth. Posa parviendra à plusieurs reprises, non sans recourir à la manipulation lui aussi, à faire vaciller la structure cynique du pouvoir mais pas suffisamment pour empêcher que les forces à l’œuvre persévèrent dans la destruction.

Postérité
Il y a bien sur l’opéra de Verdi : Don Carlo. Ce qu’on sait moins c’est que Dostoïevski, voyant la pièce à St Petersbourg dans sa jeunesse, en restera profondément marqué. Il re-utilisera dans son roman Les frères Karamazov le personnage du Grand Inquisiteur de Schiller pour évoquer les thèmes de la liberté, de la manipulation et du rôle du pouvoir dans la société, donnant lieu à un véritable conte philosophique qui inspirera à son tour nombre d’écrivains et de penseurs dont Camus et Orwell.