EPIK HOTEL

Meeting Point (HEIM)

Texte écrit par Dorothée Zumstein pour Epik Hotel.

Diffusion

Le Carreau – scène nationale de Forbach
le 17 novembre 2021 dans le cadre de l’ouverture du Festival franco-allemand Primeurs – nouvelles dramaturgies
La traduction du texte en allemand par Uli Menke a obtenu le prix Primeurs

Comédie de Colmar – CDN Grand Est Alsace
Dates de création réservée au public professionnel en raison au contexte sanitaire :
19 & 20 janvier 2021
Reprise – dates de création publiques :
18 janvier & 19 janvier 2022

TAPS – Strasbourg
du 14 au 17 décembre 2021

Distribution

Texte Dorothée Zumstein
Mise en scène Catherine Umbdenstock
Dramaturgie Katia Flouest-Sell
Scénographie & costumes Claire Schirck
Lumières Florent Jacob
Création son Samuel Favart-Mikcha
Régie générale et plateau Pierre Mallaisé
Administration et productionPauline Hyron et Louise Champiré
Diffusion et communication Emmanuel Dosda
Stagiaire à la mise en scène Ophélie Gougeon
Avec Christophe BraultCharlotte Krenz / Johanna Hess, Lucas Partensky et Pascale Schiller

Production

production epik hotel
co-productions Comédie de Colmar – CDN Grand Est Alsace, CDN de Besançon Franche-Comté

Avec le soutien de

epik hotel bénéficie de l’aide triennale au développement de la Région Grand Est pour la période 2021-2023
DRAC Grand Est
Ville de Strasbourg
Conseil départemental du Bas-Rhin
SPEDIDAM

Presse

VIDÉO >>Szenik – magazine spectacles -transfrontalier Grand Est – interview de Catherine Umbdenstock et Pascale Schiller
VIDÉO >>Présentation du Festival Primeurs – Le Carreau scène nationale de Forbach

A consulter

Dossier de création sur demande : contact@epik-hotel.com

Résidences

Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines
TAPS – théâtre actuel et public de la ville de Strasbourg
Agence Culturelle du Grand Est – Sélestat
Goethe Institut de Paris

Crédits photos

André Muller / Dorian Rollin

LE POINT DE RENCONTRE

Sur les murs d’une maison de famille, dans des cadres de bois ornés de rosaires et de crucifix, ricoche le visage souriant d’un fils trop tôt arraché aux siens, jeune pour l’éternité.
Elle existe, cette maison, et ressemble à s’y méprendre à des dizaines de milliers d’autres dans la même région…

Ses volets en bois sont percés de cœurs, ses rideaux et ses nappes brodés rouge et blanc déclinent et inversent à l’infini un même motif.
Sur une commode, la reproduction d’une statue de Bartholdi, enfant du pays, auteur de la Statue de la Liberté, incarnation du rêve américain…

Comme dans les contes de fées, la maison est située à l’orée d’une forêt, laquelle déploie son ombre sur une terre riche et fertile, mais scarifiée par les guerres, et volontiers sacrifiée par les nations qui l’ont tour à tour revendiquée en opposant le couperet des frontières à son identité multiple, en faisant barrage au flux et au brassage de ses langues, légendes et traditions.

En ses coins et recoins, elle conserve la trace de ses habitants passés, représentants d’une population à laquelle on a souvent fait violence en lui plantant dans le cœur un drapeau aux couleurs changeantes – tantôt françaises, tantôt allemandes.
Cette maison familiale depuis longtemps désertée et soudain réinvestie constitue le décor à la fois fantasmatique et réel, aux contours forcément fluctuants, de Meeting Point. En effet, les paroles de nouveaux arrivants – au nombre de quatre, deux Français et deux Allemandes, appartenant à deux générations – ne sauraient tarder à réveiller la mémoire des murs.

LES FRONTIÈRES

Meeting Point (HEIM) est né d’une rencontre artistique entre la metteure en scène Catherine Umbdenstock et l’auteure Dorothée Zumstein, et de leurs échanges autour de la notion de frontière, de langues interdites et, finalement, d’identité.

Meeting Point est une pièce qui s’écrit pour 4 comédiens et comédiennes de la troupe franco-allemande Epik Hotel. Mélange des langues, des univers, des biographies spécifiques de chacun et chacune d’entre nous. Meeting Point s’écrit à la fois sur des bases de documents et d’archives publiques et privées, mais aussi et surtout sur des recherches menées sur le terrain, sur le territoire, d’un côté et de l’autre du Rhin. Les personnages et l’histoire se tissent au gré des rencontres (fortuites ou ciblées) : le cercle des anciens de Tambov, un étudiant en médecine de la faculté de Strasbourg et ses recherches sur les victimes du Struthof, une éducatrice travaillant auprès de la « communauté » Yenish, un acteur amateur à Staufen im Breisgau (le village de Faust) incarnant Mephisto pour les touristes… Y a-t-il des points de convergence ? Des «points de rencontre» ? Quelle(s) langue(s) parle-t-on à la frontière ?

UNE RENCONTRE – par Dorothée Zumstein

Quand Catherine Umbdenstock m’a proposé de travailler avec elle sur la notion de frontière, la proposition a aussitôt résonné en moi. Pour connaître le travail de Catherine, et la façon dont elle dirige sa troupe franco-allemande – composée de Christophe Brault, Charlotte Krenz, Lucas Partensky et, pour ce projet, de la comédienne Pascale Schiller – je conçois aisément comment certaines de mes recherches trouveront un écho dans son travail, et en quoi la participation d’une troupe déjà constituée servira ce projet commun.
Il y a en effet dans les mises en scène de Catherine un aspect work in progress qui, bien au-delà de l’aspect thématique, place les frontières, et leur abolition, au cœur même de la démarche créatrice. Ainsi, la ténuité ( voire l’invisibilité ) des frontières qui semble séparer ( ou ne pas séparer ) ses ac- teurs de leurs personnages. La dynamique liée au collectif y est sans doute pour beaucoup : suivre un groupe d’acteurs sur plusieurs années, c’est leur fabriquer une histoire commune, qui passe aussi par la mémoire des corps. En tant qu’auteur, rien de plus stimulant que d’inscrire le geste d’écriture dans une telle dynamique, que de prendre un tel train en marche.
Me touche également dans le travail de Catherine ce non-choix délibéré entre théâtre de texte et théâtre d’action, la poésie tirant sa vigueur du mouvement, et vice versa. Si j’ai trouvé ma liberté dans le vers libre, Catherine a récemment monté Don Karlos, tragédie en vers de Schiller, avec un naturel déconcertant. C’est quant à moi pour son caractère lapidaire que j’ai adopté le vers libre.
En écrivant Time bomb ( Mémoires Pyromanes ), pièce construite autour du destin de Ulrike Meinhof, je rêvais pour ma part d’une langue qui traverse les corps ( violemment, comme une èche ou une balle ) mais qui soit aussi force motrice, propulsante.

Des temps et des lieux
C’est précisément suite à la lecture de Time Bomb que Catherine s’est adressée à moi. La pièce s’ouvrait sur une remarque :
Les lieux et les moments évoqués dans cette pièce ont pour cadre la RFA. Si le titre du lm de Rossel- lini Germania Anno Zero fait de l’année 1945, en Allemagne, l’année zéro, on peut dire que ce drame a pour axe non l’année 1970 mais l’année 25. L’âge moyen des militants clandestins composant la fameuse organisation terroriste qui se forma cette année-là était, précisément, de… vingt-cinq ans.
Catherine et moi avons choisi de situer l’action principale de la pièce à la n des années quatre-vingt dix ( sans nous interdire néanmoins les flash-back, voire les flash-forward ). Deux des protagonistes appartiennent donc à la génération susmentionnée, née dans l’immédiate après-guerre : une Allemande ( Pascale Schiller ) et un Français ( Christophe Brault ). L’histoire avec un grand H sera donc au cœur de MEETING POINT, et il sera donc aussi question des frontières qu’a dessinées celle-ci. Catherine est née dans une région ( l’Alsace ) à l’identité fluctuante, dont les habitants – tantôt Français tantôt Allemands – ont changé cinq fois de nationalité entre 1870 et 1945. Une partie de son enfance s’est déroulée dans des maisons familiales hantées par le souvenir des fils morts ou disparus.
Une certaine maison nous inspire tout particulièrement. Sur ses murs ricoche la photo d’un petit garçon, fils d’un soldat américain de l’armée de libération, mort à dix ans d’un mystérieux accident de vélo. Au-delà du cliché au sourire figé à jamais, flotte une légion fantôme : celle des innombrables fils disparus et notamment des « malgré-nous », ces dizaines de milliers de très jeunes Alsaciens (et Mosellans ) successivement enrôlés de force par la Waffen-SS puis faits prisonniers par les Russes – un tiers d’entre eux ne reviendra pas, abattus sous l’uniforme allemand ou morts dans les camps russes.
Si nous ne nous interdirons pas de puiser dans l’histoire de la région, et dans une histoire familiale où l’intime et le collectif se mêlent, nous ne souhaitons pas pour autant limiter la notion de frontière à son seul caractère géographique. En ce sens, il s’agira là aussi pour nous, de faire « sauter les lignes » afin de n’être pas prisonniers d’une forme donnée.
La maison familiale, depuis longtemps désertée et soudain réinvestie, sera donc pour nous un espace à la fois fantasmatique et réel, aux contours forcément uctuants, où les paroles des nouveaux arrivants ne sauraient tarder à réveiller la mémoire des murs. Un lieu de jonction où cesseraient de s’opposer les faux-contraires énoncés par André Breton ( la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas ). La maison de MEETING POINT et la proposition de Catherine d’écrire pour quatre acteurs de deux nationalités mais aussi de deux générations différentes ( vingt ans séparent les plus âgés des plus jeunes ) permettront de jouer avec le temps ( chamboulements de la chronologie, juxtaposition – voire simultanéité – des espaces temps etc… ).

NOTES SUR L’ESPACE – par Claire Schirck

«Parce que pour nous, dans cette maison, le temps n’existe pas.»
La scénographie représente la maison familiale, le meeting point où toute la pièce se déroule. Ce lieu reste pourtant suggestif permettant les projections : il est tantôt la maison, le château, la forêt, le théâtre…

La forme : élément-clé
Au commencement, Catherine me dit que Dorothée est inspirée dans son écriture théâtrale par le cinéma et plus particulièrement par le travail du réalisateur Alain Resnais. Il y a longtemps, j’avais vu Hiroshima mon amour, mais c’est tout. Je décide alors de visionner quelques films importants pour Dorothée en me retenant de penser au geste scénographique pour le moment. Je vois L’année dernière à Marienbad (1961), Je t’aime, je t’aime (1968), et Providence (1977). Je me demande quels sont pour moi les facteurs communs à ces oeuvres. Je relève que la forme n’est jamais la même mais que dans chaque lm la langue est littéraire; le montage complexe; les temporalités entremêlées; que le thème de l’errance est récurrent; qu’il semble que l’absurde veuille toujours s’en mêler, et que les dialogues ne sont pas toujours là pour se répondre ; il y a aussi toujours un décalage avec la réalité, et une volonté d’artificiel. Mais je retiens comme élément clé que la forme; le montage est au service du sujet. La forme MONTRE le sujet et non l’inverse. Et que cette forme est une source inépuisable d’exploration. C’est très fort, je tombe amoureuse de ce travail.

Un cadre
Que pourrait-on garder de Resnais pour Meeting Point? Un cadre. Pourquoi. Pourquoi ne pas garder le plus élémentaire. Un cadre physique, un cadre pour donner un cadre où se développera notre forme. J’écarte l’envie de mettre une vitre et j’écarte aussi l’envie de la boîte derrière le cadre.
MONTRER UN CADRE MAIS NE PAS ENFERMER

Chirico
Chirico c’est une seconde influence pour Dorothée, et le texte l’exprime directement dans la scène de Venise. Du Chirico j’en veux aussi dans la scénographie. Couleur, lignes, perspectives, jeux d’ombres…

Bussang
Je suis née, j’ai grandie à quelques kilomètres de ce théâtre de bois au cadre de fond ouvert sur la forêt. J’AIMERAIS JOUER MEETING POINT À BUSSANG.
Alors encore une raison pour ce cadre. Et ce cadre devra être en bois. Et le bois devra être partout. Et la forêt devra être aussi, derrière, en fond. Et la forêt devra pouvoir avancer dans la maison. Comme à Bussang. Mais aussi comme dans Macbeth. Il n’y a pas directement de Macbeth dans la pièce mais il y a Shakespeare… Il y a du fantastique dans Shakespeare, de l’étrange, du surnaturel. Le théâtre du peuple de Bussang est dans les Vosges, et les Vosges ressemblent aux forêts dans Twin Peaks et cette référence de genre est aussi à garder.

Les éléments de la scénographie
L’espace pour Meeting Point est pensé comme design, un objet pratique, synthétique, esthétique, atemporel, multitemporel : il laissera aux acteurs et aussi aux spectateurs la possibilité de se déplacer dans le temps. L’architecture de la scénographie est constituée d’une petite scène surélevée encloisonnée à l’avant et à l’arrière par deux murs-plans en planches de bois. Ces planches sont montées en ligne verticales et se marient aux autres matières et objets qui auront la même chromie. Un rideau permettra des jeux d’ombres et de lumière.
La création sonore prend aussi une dimension spatiale. Le texte, la parole des personnages, repris à des moments-clé, pour circuler librement dans l’espace, participant de cette atmosphère fantastique. De plus, la tonalité de la création musicale, plutôt axée sur des riff de guitare éléctrique, viendra déposer ses couleurs.

PRÉSENTATION DES PERSONNAGES

FRANCK B
Tournait des films. A connu son heure de gloire, ne se soucie plus du succès – ce n’est pas une pose. Il lui arrive encore de tourner – assez peu. Parle parfois de son « projet secret », le seul qui lui tienne à coeur désormais, mais dont il lui est bien égal qu’il voie ou non le jour – et comprenne qui pourra.

EVA B
Actrice, mariée au premier depuis une éternité. Après un premier film devenu « culte », Franck et elle ont vu leurs deux noms constamment associés, quand ils n’ont finalement que peu travaillé ensemble – et encore moins vécu sous le même toit. N’ont jamais envisagé de divorcer, en dépit des conseils avisés d’amis qui, pour la plupart, sont morts depuis.

SEBASTIAN B
Leur fils. Vient d’achever des études de médecine. Se réjouit de ne rien devoir à ses parents, lesquels portent sur lui, à chacune de leurs retrouvailles, le regard étonné de deux personnes qui avaient oublié qu’elles avaient un fils, mais qui ne sont pas malheureuses de se le voir rappeler parce qu’après tout pourquoi pas

FRIEDERIKE X
Elle a, d’après Franck B – dont le regard reste celui d’un cinéaste ayant souvent recruté une partie de ses acteurs non professionnels sur le lieu même de ses tournages – l’allure d’une jeune femme « qui connaît la forêt comme sa poche et semble à peine descendue de cheval »

Peut-être ne sont-ils rien de tout cela, et sont-ils simplement :

LA REINE
LE ROI
LE PRINCE
LA PRINCESSE ERRANTE